On nous pose la question plusieurs fois par semaine au cabinet : « la réforme IS 2026, c’est bien pour moi ou pas ? ». La réponse honnête, c’est : ça dépend. Pour la majorité des PME tangéroises ça simplifie les choses, pour quelques cas particuliers ça complique. Voyons ça concrètement.

Ce que dit la nouvelle loi

La réforme IS lancée en 2023 (LF 2023, CGI art. 19) converge en 2026 vers un taux unique de 20 % sur le bénéfice net fiscal pour le régime de droit commun, jusqu’à 100 millions de DH de bénéfice. Au-delà de ce seuil, la fraction excédentaire est imposée à 35 %.

Ce n’est pas un taux appliqué au chiffre d’affaires : c’est le résultat fiscal qui compte. Une PME peut avoir 30 M DH de CA et 800 K DH de bénéfice — l’IS se calcule sur les 800 K.

Particularités :

  • Banques et assurances : 40 % (régime spécial, inchangé)
  • Sociétés en zone franche (TFZ, TAC, Tanger Tech) après les 5 ans d’exo : 8,75 % sur l’export
  • CSS (contribution sociale de solidarité) : maintenue jusqu’en 2028. Si votre bénéfice dépasse 5 M DH, vous continuez à payer la CSS en plus.
  • Cotisation minimale : taux unifié à 0,25 % du CA, minimum 3 000 DH par exercice. Vous payez le plus élevé entre la CM et l’IS calculé sur le résultat.

Ce que ça donne en chiffres

Prenons trois cas typiques qu’on rencontre à Tanger. Les montants « IS 2025 » reprennent le barème transitoire de 2025 (17,5 % / 20 % / 22,75 % / 34 %). Le simulateur IS 2026 applique le même barème cible que cet article.

Cas 1 — Boutique au centre-ville, CA 1,2M DH, bénéfice 280K DH

  • IS 2025 (barème transitoire) : 280K × 17,5 % = 49 000 DH
  • IS 2026 : 280K × 20 % = 56 000 DH
  • Différence : +7 000 DH

Légère hausse sur les très petits bénéfices — le premier palier monte de 17,5 % à 20 %.

Cas 2 — Société de services, CA 6M DH, bénéfice 850K DH

  • IS 2025 : 52 500 + (550K × 20 %) = 162 500 DH
  • IS 2026 : 850K × 20 % = 170 000 DH
  • Différence : +7 500 DH

Sur ce profil, la hausse reste modeste. L’économie massive intervient surtout au-delà de 1 MDH de bénéfice, là où l’ancien palier à 22,75 % disparaît.

Cas 3 — PME industrielle hors zone franche, CA 35M DH, bénéfice 4,2M DH

  • IS 2025 : 52 500 + 140 000 + (3,2M × 22,75 %) = 920 500 DH
  • IS 2026 : 4,2M × 20 % = 840 000 DH
  • Différence : −80 500 DH

Belle économie. Pour beaucoup d’industriels du nord, c’est l’équivalent d’une embauche cadre.

Les pièges à éviter

Le calcul des acomptes 2026. Ils sont basés sur l’IS de 2025 (système ancien). Donc en 2026, vous allez payer 4 acomptes calibrés sur l’ancien régime, puis vous régulariserez sur le solde en avril 2027. Pour beaucoup, ça veut dire trop d’acomptes payés et un remboursement à attendre — ou un trou de trésorerie pendant 12 mois si on ne le voit pas venir. Notre article dédié sur les acomptes IS 2026 détaille la procédure de modulation.

La CM qui surprend. Un client vient nous voir : « j’ai fait 0 de bénéfice cette année, je ne paie pas d’IS ». Pas tout à fait. La CM s’applique : 0,25% × CA, avec un minimum de 3 000 DH. Donc même en année de pertes, il y a un impôt minimum. À budgéter.

La CSS qui reste. Si vous êtes au-dessus de 5M DH de bénéfice, la CSS continue à 1,5% (ou 5% selon les tranches). Ça réduit le bénéfice net du nouveau taux à 20%. Important pour les grosses PME.

Ce qu’on recommande de faire dès maintenant

D’abord, refaire la projection IS pour 2026 avec votre comptable. Si l’écart entre l’ancien et le nouveau régime est significatif, ajuster les acomptes peut éviter des problèmes de trésorerie.

Ensuite, regarder si certains arbitrages ont changé. Par exemple : pour un freelance entre 600K et 1M DH de bénéfice annuel, la question SARL vs BNC se rejoue. À 20% d’IS + 15% sur dividendes (avec abattement de 60%), vs IR par tranches (jusqu’à 38%), le calcul peut basculer. Notre comparatif freelance vs société chiffre les bascules en 2026.

Enfin, si vous êtes en zone franche, ne rien changer dans votre tête : vos exonérations restent. Au contraire, le différentiel avec le régime de droit commun est désormais plus serré (8,75% vs 20% au lieu de 8,75% vs 31% avant), donc l’avantage compétitif des zones est moindre. À garder en tête pour les choix d’implantation futurs — voir notre comparatif Tanger Med vs TFZ vs TAC pour positionner une nouvelle implantation.

Si on peut vous aider à modéliser ça pour votre cas, on est joignables au cabinet. Premier échange offert via notre page contact. Pour aller plus loin, nos services conseil fiscal et tenue comptable couvrent l’accompagnement annuel en routine.